il est rare que je reprenne intégralement les commentaires d'un journaliste, mais il se trouve que je suis en phase à 100% avec l'analyse de Jean Michel Aphatie concernant
l'impérieuse nécessité d'avoir un leader avant de pouvoir commencer à refonder le PS.
Avec la précipitation et l'inconséquence qui caractérisent le journalisme, un métier qui se différencie en cela de celui de chef de gare, ou encore de celui de contremaître chez
Rollex (peut-être
qu'ils m'en offriront une si je les cite?), deux activités professionnelles pour qui avant l'heure, ce n'est pas
l'heure, et après l'heure ce n'est plus l'heure, nous voilà déjà en train de nous interroger sur la recomposition du parti socialiste. Et cela, avant même que les citoyens français aient fini
de repeindre en bleu
l'Assemblée nationale. Scandaleux.
Pour donner à la réflexion concernant la reconstruction du parti socialiste la densité intellectuelle que mérite le sujet, il faut répondre avec ordre et méthode à quelques questions simples: qui,
quoi, où, quand, comment, pourquoi, où ça, comment y
va-t-on, à quelle heure le bus pour le retour?
François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste depuis 1997, a déjà dit son choix de ne briguer un nouveau mandat dans cette fonction. Dix ans, ça suffit. Il a dit aussi son souhait de
demeurer en poste jusqu'au prochain congrès du
PS, prévu à l'automne 2008. En gros, ce dernier souhait est impossible.
Dimanche prochain, quand sera passé le second tour des élections législatives, quand sera connu l'ampleur de la défaite pour le parti socialiste, se posera la question de la reconstruction de ce
courant de pensée. L'analyse des causes de la défaite, l'inventaire des thèmes à abandonner, préciser, conserver, développer, l'évaluation des futures alliances possibles, vers le centre ou
vers la gauche, constitueront le socle du travail auquel devront se consacrer sans tarder les dirigeants socialistes. Il faudra déterminer des priorités et un calendrier, mettre au point une
organisation, puis communiquer pour savoir à la population que le courant socialiste ne demeure pas immobile, les deux pieds dans le même sabot, ce qui n'est jamais confortable.
Qui donc va impulser ce travail? Qui donc va proposer l'architecture générale, trancher les inévitables divergences qui se feront jour, non pas sur le fond des sujets dans un premier temps, mais
sur l'organisation elle même, quoi n'est jamais neutre et qui contribue toujours à orienter les débats?
Imagine-t-on François Hollande dans ce rôle? Très
difficile, pour ne pas dire impossible?
D'ores et déjà, il n'est plus le patron de ce parti. Il en a le titre, certes, mais il n'en a plus l'autorité. Avant même le début de l'élection présidentielle, il se trouvait contesté par
plusieurs grands chefs de ce parti pour sa gestion de la séquence qui est allé du référendum européen au choix du candidat pour
l'Élysée. Le résultat de
l'élection présidentielle l'a, ensuite, fragilisé. Sa décision de partir l'a, d'un coup,
délégitimité.
On pourra juger le constat injuste ou violent, cruel ou déplacé, mais François Hollande ne possède plus, ne possède déjà plus, l'autorité nécessaire pour trancher et arbitrer, ce qui est
l'expression même du pouvoir lorsque l'on souhaite diriger une communauté humaine. Sitôt passée l'épreuve électorale, la pression sera très forte pour
qu'il
passe la main afin que s'installe une personnalité, ou un groupe de personnalités, pour que le travail s'enclenche au sein de la famille socialiste.
"Il n'est pas concevable que François Hollande reste à la tête du
PS" après les élections législatives, a dit ce matin Manuel
Valls sur
RTL. Il ne s'agit pas là d'une attaque mais d'une expression de bon sens.
A partir de là, les difficultés commencent.
La seule qui possède quelques titres de créance pour remplacer François Hollande est bien évidemment
Ségolène Royal. Bien évidemment parce
qu'elle a été choisie par une large partie des militants pour les représenter lors de l'élection présidentielle. Si elle n'a pas gagné, elle n'a pas non plus déméritée,
engrangeant sur son nom dix sept millions de voix. Aucun autre dirigeant socialiste ne peut aligner un tel état de service.
En même temps,
Ségolène Royal n'a pas pleinement convaincue. Sa campagne a été brouillonne et imprécise. Ses propositions ont été vagues et générales,
archaïques aussi, généralisation des 35 heures, augmentation du
SMIC, vieilles recettes d'un vieux monde.
Je me permets de préciser ici que ces propositions ont été imposées par le PS et que Ségolène Royal
a tout fait pour ne pas les intégrer à son programme. De plus, ces 2 propositions ne faisaient pas le corps des 110 propositions. Pour autant, Aphatie n'a pas tort de mettre le doigt sur ces exemples qui reflètent le décalage qui existait entre la vision de Ségolène Royal et
les figures imposées par le programme du Mans
Le doute a son égard, déjà grand, s'est amplifié à l'occasion de la campagne des législatives; Ses dernières initiative sen direction de François Bayrou
sont apparues à ses pairs maladroites et improvisées, inutiles et contre productives. Alors que la campagne présidentielle aurait dû l'installer de manière incontestable, elle demeure aujourd'hui
controversée, tant pour son approche solitaire de la politique que pour sa méthode de travail qui lui fait préférer des intuitions personnelles au travail collectif.
Quand Manuel Valls, ce matin, sur RTL, assure qu' "aucun leader ne s'impose"
au PS, il synthétise ce que ressentent beaucoup de dirigeants socialistes.
Là encore Monsieur Aphatie a raison sur le fait que tous les dirigeants du PS ne sont pas derrière Royal. Si
cela avait été le cas, Ségolène Royal serait Présidente de la République. Rappelons ici que Manuel Valls est surtout le premier lieutenant de DSK.
Pourquoi présenter les choses? Parce que seuls les esprits purs,
surreprésentés généralement dans l'espace de commentaires de ce blog, pensent que l'on peut
débattre du fond, que l'on touche plus souvent que l'on ne croit, des idées, des concepts conceptuels, avant, et donc indépendamment des questions de personnes. Ceci est faux. Mille deux cent
quarante et une expériences passées prouvent exactement le contraire. Une communauté humaine ne peut se livrer à un débat de fond que lorsqu'elle est ordonnée, et donc sécurisée, par la présence
d'un leader qui usera de son autorité non pas pour imposer, mais pour orienter, privilégier, formaliser, arbitrer.
Si la fantaisie saisissait les socialistes de contrarier cette vieille loi de la nature, s'ils négligeaient de régler les questions personnelles avant de s'attaquer aux fond des choses, alors
Nicolas Sarkozy serait fondé à commencer rapidement à réfléchir à un nouveau cliché officiel pour 2012 parce que,
franchement, celui de 2007 est trop moche.
Un point important que n'a pas abordé Monsieur Aphatie : c'est le soutien populaire et militant dont dispose Ségolène Royal. Car une rénovation, comme va devoir le faire le PS en si peu de temps, ne se fait pas uniquement à la tête.
Elle doit être aussi et avant tout en phase avec la base.
http://blogs.rtl.fr/aphatie/index.php/post/2007/06/13/Itv-Manuel-Valls-13/06