Pour que cette note reste dans l’Histoire :
- le débat a eu lieu le 2 mai 2007, de 21 H à
23 H 40, à Boulogne, dans les studios de la SFP
- il a été suivi par 20 millions de
téléspectateurs ; j’ai été un de ceux-là ; comme je savais qu’il n’ y aurait pas de pause, j’avais pris mes dispositions pour
mes besoins urgents
- assuré de ne pas devoir interrompre mon
écoute et mon regard, j’ai, un peu tendu, suivi ce débat
- Nicolas Sarkozy a commencé le premier,
ainsi en avait décidé un tirage au sort, Ségolène Royal terminant le débat
- les journalistes avaient choisi 4 grands
sujets, avec des questions précises et assez vite, on s’est retrouvé ailleurs, grâce ou à cause de Ségolène Royal, plutôt, à cause de sa méthode
- là, se situe pour moi, l’essentiel de ce
débat : d’un côté des journalistes et Nicolas Sarkozy, fonctionnant avec une méthode simple, simpliste même
- pour les journalistes, la France et la
campagne, ce sont des questions auxquelles il faut répondre, si possible brièvement
- Nicolas Sarkozy a très bien joué ce
jeu : à chaque problème, sa solution, c’est du clefs en mains qu’il propose, tout dans sa boîte ou sa case avec son cadenas, le délinquant avec sa peine plancher, le multi-récidiviste avec
des peines lourdes, le travailleur avec ses heures supplémentaires exonérées, les retraites avec leur temps de cotisation augmenté…lisez le texte du débat et vous verrez que c’est monsieur
réponse à tout, solution à tout, secteur par secteur, catégorie par catégorie : la Turquie, c’est non, parce qu’elle est en Asie mineure, point final, simple n’est-ce pas, simpliste car la
question n’est pas une question de géographie mais une question politique complexe comme l’a montré Bernard Guetta sur France-Inter, le 3 mai ; l’EPR, ça existe déjà et si on retarde sa mise
en fonction, alors on fait fonctionner plus longtemps les vieilles centrales : ce n’est pas responsable ; irréfutable, mon cher Watson
- la logique de Nicolas Sarkozy est la
logique du tiers - exclu, de l’identité et de la non-contradiction, une logique remontant à Aristote, efficace dans les discours, rarement dans les actions car le domaine de l’action c’est le
domaine du prévisible et de l’imprévisible, du décidable et de l’indécidable quand toutes les options rationnelles en pour et en contre ont été pesées et qu’il faut quand même
décider à l’ « instinct »
- de l’autre côté, Ségolène Royal, avec une
démarche, une méthode relevant de ce que certains appellent la pensée de la complexité où l’on est soucieux des interactions, des liens, des concordances, synergies, des répulsions, des
résistances au changement
- cette logique à l’œuvre, appelée par
Ségolène Royal, cercles vertueux, donnant-donnant, gagnant-gagnant, piliers du pacte présidentiel, et qu’elle énonce sous une forme simple : tout est lié, tout se tient,
la famille, l’école, le logement, l’emploi, le pouvoir d’achat, cette logique est à mon avis, la logique qui convient à notre temps, complexe, très mouvant, très innovant, obligeant donc à des
adaptations permanentes ; on a parlé à un moment donné dans les sciences dures de logique floue ; la physique quantique en est la preuve la plus surprenante ; il me semble que le
flou relevé par certains dans les propos de Ségolène Royal n’est pas un flou d’incompétence, un flou poétique ou irresponsable mais bien un flou « scientifique » car
il n’est pas possible de prévoir tous les effets d’un dispositif politique, économique, financier…il faut essayer, évaluer, corriger, remettre à plat…tous termes qu’on retrouve dans le
vocabulaire de la France présidente
- dans ce registre, avec cette méthode, cette
logique, Ségolène Royal s’est montrée convaincante, concrète, mettant même en difficulté l’aristotélicien irréfutable, celui-ci cherchant bien sûr à la mettre en difficulté : à mon avis, il
n’y est pas arrivé même sur la question du financement des retraites où il a été particulièrement insistant, car oui s’il y a croissance, s’il y a développement, il y a rentrée mais comment
évaluer avant
- la méthode de Nicolas Sarkozy est très
différente ; il y a un problème de dette : faisons des économies tout de suite, ne remplaçons qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, sans dire dans quels secteurs ; ça
semble efficace, logique ; c’est de la poudre aux yeux car oui, on fait des économies mais au prix de l’affaiblissement de l’école, de la désertification des zones rurales par les services
publics…
- y a-t-il eu un ou une gagnante ?
question idiote puisque chaque téléspectateur avait ses a priori et qu’il est peu vraisemblable que beaucoup de gens aient changé de point de vue sur l’un ou l’autre
- il s’agissait d’un exercice obligé de la
démocratie, dont on a été privé depuis 12 ans et l’exercice a tenu ses promesses ; c’était pêchu ; j’ai retenu cette phrase quirestera dans l’histoire dite par Christine Ockrent :
« j’ai vu deux beaux animaux politiques »
- avec un Nicolas Sarkozy à contre-emploi, ce
qui était habile : ne pas jeter d’anathèmes, passer pour une victime, jouer les rassembleurs en ciblant les villiéristes avec la Turquie, les lepénistes avec la sévérité par rapport aux
délinquants, les enseignants avec le garde-à-vous des élèves à leur entrée en classe ; remarquez à ce propos : études surveillées pour lui, soutien individuel gratuit pour elle :
quelle est la mesure la plus concrète ?
- avec une Ségolène Royal, toujours au
créneau, intervenant quand c’était son tour, plus longuement, interrompant Sarkozy qui bien sûr utilisait le même procédé, revenant sur des sujets déclarés clos par les journalistes, se mettant
en colère sur la question de la scolarisation des enfants handicapés et étant à ce moment-là d’un tranchant montrant qu’elle n’était pas énervée ; non, elle n’avait pas perdu son
contrôle, elle pouvait enfin stigmatiser l’immoralité politique de Nicolas Sarkozy, difficile à attraper sur son bilan, sur le bilan de 2 gouvernement auxquels il a participé, immoralité
consistant à promettre ce que l’on a détruit, le plan handiscol
- ayant lu la profession de foi pour le 2°
tour de Nicolas Sarkozy, je puis affirmer que l’immoralité y explose puisqu’ une série de « ou – ou » émaille sa profession de foi, logique du tiers - exclu, où il oppose à son choix,
un autre choix purement rhétorique, car l’imprécision sur le « ou » à exclure est volontaire, de l’ordre du sous-entendu : vous savez de qui je parle, jouant par
là sur les préjugés, l’irrationnel, montrant son refus de reconnaître le projet de sa « concurrente », de le nommer, de l’intégrer dans sa logique
- exemples : nous replier sur le passé
ou faire les choix de l’avenir ; répéter les recettes d’hier qui ont échoué ou mettre en œuvre les solutions qui ont marché partout ailleurs ; travailler moins et gagner moins ou
travailler plus et gagner plus ; suivent 5 autres alternatives de ce caniveau
- honnête, il devrait dire par exemple :
mettre en œuvre les solutions qui ont marché partout ailleurs (moi, Nicolas Sarkozy) ou mettre en œuvre les solutions qui marchent ici et là (elle, Ségolène Royal) ; travailler plus et
gagner plus (moi, Nicolas Sarkozy) ou travailler tous avec des salaires justes (elle, Ségolène Royal)
- sa malhonnêteté apparaît dans sa conclusion
de débat : Je veux être le président de la République qui rendra la dignité aux victimes. Je ne mettrai jamais sur le même plan les
victimes et les délinquants, les fraudeurs et les honnêtes gens, les truqueurs et la France qui travaille. Sous-entendu : Ségolène Royal choisit les fraudeurs, les truqueurs, les
fainéants. Berk ! on retrouve là le Nicolas Sarkozy de Bercy, le diviseur, celui qui montre du doigt et qui ne veut pas être pointé par Ségolène
- l’homme du passé, pour moi, c’est clair,
c’est Nicolas Sarkozy ; c’est l’homme des recettes contre les travailleurs et pour les rentières à chèque de 7 millions d’euros. Au passage, je signale que le remboursement de la dette (18 à
20 000 euros par Français) profite à des actionnaires, des obligataires, des résidents français (13 000 environ ; voir mon article : comment battre Sarko ?)) dont on aimerait
connaître les noms mais là, je redeviens trotskyste.
- la conclusion de Ségolène Royal a été de
plus haute tenue et là je dois dire que j’ai été estomaqué par la partialité des cameramen car Sarkozy s’est adressé à nous plutôt de biais alors qu’elle a été cadrée de face nous regardant dans
les yeux comme elle avait regardé Sarkozy sans ciller, lui étant plus fuyant. La photo de la poignée de mains est significative : il ne la regarde pas ; les cameramen lui ont joué un
vilain tour : il ne nous a pas regardé pour conclure.
- la forte présence de Ségolène Royal tout au
long de ce débat et surtout à la fin m’a fait rêver d’une France présidente.
Jean-Claude Grosse